"Le lac Léman baigne les murs du château de Chillon. Du haut des créneaux blancs comme la neige, la sonde s'enfonce à mille pieds dans la profondeur des ondes qui enveloppent le donjon de toutes parts. Ainsi la double barrière de la pierre et des flots faisait de notre cachot une tombe vivante..."
Lord Byron, Le Prisonnier de Chillon (1816) extrait
Au 19ème siècle, dans la mouvance romantique qui redécouvre avec enthousiasme le Moyen Age, le château de Chillon est rendu célèbre par des récits tels que La Nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau ou Le Prisonnier de Chillon de Lord Byron mais aussi par des peintures de Delacroix, Turner et bien d'autres qui y puisent l'inspiration... Le château et le paysage qui lui sert d'écrin réunissent en effet toutes les composantes chères à l’esthétique romantique : une silhouette pittoresque, de vieux murs témoins d’un passé terrible et un décor montagneux grandiose. Il ne pouvait que fasciner les écrivains et les peintres de cette époque en quête de sublime et de lumière...
Laissez-vous porter par un souffle romantique jusqu'à l'Hôtel Scheffer-Renan, 16 rue Chaptal à Paris pour visiter l'exposition temporaire Théâtres romantiques. Elle est remarquable tant par la beauté des oeuvres exposées que par le charme pittoresque des lieux qui l'accueillent. D'ailleurs, pour ceux qui souhaitent prolonger le plaisir, je conseille vivement de terminer la visite par une pause au salon de thé, situé à l'ombre des arbres du jardin du musée. C'est un endroit charmant totalement propice à la rêverie...
Jusqu'au 16 janvier 2011, pour la première fois à Paris le Musée de la Vie Romantique présente une importante sélection d’œuvres autour du romantisme russe provenant de la Galerie Tretiakov, musée national fondé en 1856 à Moscou par Pavel Tretiakov.
La vidéo ci-dessous présente le Portrait de Maria Lopukhina réalisé en 1797 par Vladimir Borovikovsky (1757-1825), célèbre portraitiste russe.
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : "J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. "» Cet extrait de la pièce de théâtre On ne badine pas avec l’amour montre à quel point Alfred de Musset, doté d’une sensibilité romantique exacerbée, est un être pétri de contradictions, luttant constamment entre le désir de pureté et la fascination pour la débauche. En 1833, il rencontre la romancière George Sand avec qui il entame une liaison tumultueuse. Ce couple, formé par deux êtres de génie habitués à analyser leurs sentiments et leurs sensations avec l’arrière-pensée de les traduire en prose ou en vers, deviendra emblématique des passions romantiques. Les nombreuses lettres qu’ils échangent sont le témoignage des emportements furieux, des joies et des misères d’un amour impossible. Au cours de leur séjour à Venise, Musset est atteint d’une fièvre cérébrale grave dont seuls le dévouement de George Sand et les soins d’un jeune médecin, Pagello, le sauvent. Mais George s’éprend de Pagello et dès lors, des crises affreuses bouleversent le couple jusqu’à la rupture définitive le 7 mars 1835. Musset sort profondément transformé de cette rude épreuve et de 1835 à 1837, il écrit Les Nuits (Mai, Décembre, Août et Octobre) et la Lettre à M. de Lamartine, certainement quelques unes des plus belles pages du romantisme...
Ci-dessous, un extrait du film Les Enfants du Siècle, adaptation cinématographique de la liaison entre Alfred de Musset et George Sand réalisée par Diane Kurys en 1999.